Adopter un enfant présentant une incertitude de développement

C’est par l’intermédiaire de la revue Accueil que nous avons connu ERF. Disposés à réfléchir aux parcours d’enfants que nous serions en mesure d’accueillir et conscients de la variété des profils d’enfants pupilles de l’État en attente de parents, nous avons été interpellés par les présentations très concrètes des situations d’enfants à besoins spécifiques pour lesquels le service ERF était sollicité.

Nous étions en pleine démarche pour l’obtention de l’agrément en vue de l’adoption d’un deuxième enfant et notre assistante sociale ne semblait pas en mesure de nous accompagner dans ce parcours vers l’adoption d’un enfant à besoins spécifiques. C’est donc avec la correspondante locale d’ERF que nous avons commencé le travail de défrichage qui allait nous permettre de définir les ouvertures de notre agrément. Par la suite, les entretiens téléphoniques réguliers avec la coordinatrice d’ERF nous ont permis de préciser davantage les choses.

Envisager la multiplicité des besoins

Le fait de reformuler nos ouvertures et nos limites, de répondre aux questions d’une nouvelle personne et d’aborder le cadre envisagé sous un angle parfois différent nous a permis d’affiner le projet. Je me souviens par exemple d’une question sur le nombre de besoins spécifiques qu’une situation pourrait cumuler pour rester dans les limites de notre ouverture. La question nous avait aidés à entrer dans le concret, à nous projeter.

Lorsqu’il s’agissait d’évoquer les besoins un à un, le cheminement était pourtant réel. Mais en se confrontant à cette question de la multiplicité des besoins, nous nous sommes sentis davantage engagés dans le projet. Nous avons appris à tenir compte des fruits de notre réflexion, mais également à être à l’écoute de nos réactions parfois très affectives face à des éléments qui nous étaient présentés.

Il nous a paru important de réfléchir à tous les éléments concrets relatifs au quotidien post-adoption (capacité imaginée à adopter un enfant ayant un problème de santé ou un handicap, disponibilité par rapport à chaque enfant, organisation familiale, impact sur la fratrie, etc.), tout en laissant aussi notre émotivité s’exprimer et dresser parfois des limites que notre esprit rationnel ou notre soi-disant générosité pouvaient nous inciter à écarter.

En étant au clair avec soi-même, en accueillant ses propres limites et celles de son conjoint, on peut aller paisiblement à la rencontre de l’enfant, dans cette disponibilité totale qui lui permettra de nous adopter. Les différents échanges avec ERF nous ont vraiment permis de faire ce travail dans un climat de bienveillance, nous ont aidés à prendre davantage les rênes de notre projet et à avoir pleinement confiance dans notre capacité à nous engager dans l’accueil d’un enfant.

Un enfant présentant une incertitude de développement ou porteur d’un handicap physique invalidant

Notre agrément nous permettait d’adopter un enfant pouvant être porteur d’un handicap physique invalidant ou présentant une incertitude de développement. Ainsi, deux prises en charge par semaine et une à deux hospitalisations par an nous paraissaient envisageables du point de vue de l’organisation familiale. Quelques mois plus tard, lorsque la coordinatrice nous a contactés pour nous présenter la situation d’un enfant, nous avons été étonnés de la simplicité avec laquelle les choses se sont faites. Aucun doute, aucunes craintes ne nous ont effleurés. Les difficultés et les incertitudes de développement que l’enfant présentait entraient complètement dans le cadre des capacités d’accueil que nous avions envisagées : l’enfant avait 1 an et présentait un retard psychomoteur, ainsi qu’une malformation au pied qui pourrait être opérée. Le retard psychomoteur étant inexpliqué, il en résultait une incertitude de développement.

Postuler auprès du département avec sérénité et enthousiasme

Lors des entretiens avec les professionnels du département en question, nous avons reparlé de nos limites et de nos ouvertures, mais également du bonheur que nous avions à être parents et de notre désir de l’être à nouveau. Le Conseil de famille a choisi de nous confier l’enfant. Après une naissance sous le secret et l’accueil dans deux familles consécutives, cette petite fille allait enfin pouvoir se poser pour de bon. Mais pour cela, elle allait devoir vivre une nouvelle rupture. Dans les mois qui ont suivi, il n’a pas été nécessaire de poursuivre les séances de kinésithérapie qui avaient été mises en place avant l’adoption. L’opération du pied, elle, a pu avoir lieu. Sur le plan moteur, le développement s’est poursuivi de façon tout à fait favorable.

La santé et le développement occultent parfois certains traits de caractère

Sur le plan affectif, les choses ont été plus compliquées. Notre fille, une enfant très gaie et affectueuse, s’est également montrée très colérique avec nous pendant des années. À l’extérieur, son comportement a toujours été beaucoup plus lisse.

Sur le plan des apprentissages, elle progresse de façon très régulière mais se trouve parfois en décalage sur certaines compétences telles que le langage ou le graphisme. En classe, elle travaille assez lentement. Nous avons la chance d’avoir en face de nous des enseignants qui privilégient une approche individualisée. Ils ont pu entendre que notre préoccupation n’était pas la performance par rapport à des modèles standard mais la progression personnelle dans toutes ses dimensions. Dans le comportement d’un enfant, il est sans doute impossible de savoir ce qui résulte de son histoire ou de son caractère. Nous avons toujours considéré que ces deux facteurs étaient en jeu et cela nous a aidés à relativiser et à considérer l’attitude de notre fille comme un processus dynamique. Discuter avec des amis, également parents de jeunes enfants, nous a souvent beaucoup soutenus. Mais nous avons aussi appris à être prudents dans la façon d’évoquer le comportement de notre fille car certaines personnes, sans en avoir toujours conscience, ont tendance à étiqueter les enfants et à porter un jugement moral sur ce type d’attitude.

Il aura fallu plusieurs années pour que notre enfant se sente vraiment en sécurité affective et abandonne les comportements de crise qui nous ont découragés plus d’une fois. Elle aura bientôt 6 ans et, depuis quelques mois, il nous semble qu’elle est beaucoup moins débordée par ses émotions et les exprime de façon plus ajustée à son âge. Avec un peu de recul, compte tenu de la fragilité dans laquelle elle a pu évoluer au cours des premiers mois de sa vie, nous trouvons qu’elle avance à pas de géant !

Merci à la famille Vallini pour son témoignage