Vivre avec le syndrome d’alcoolisation foetale (SAF)
Trop longtemps méconnus, le syndrome d’alcoolisation foetale (SAF) et les troubles du spectre de l’alcoolisation foetale sont aujourd’hui mieux diagnostiqués et accompagnés : un soutien précieux pour les enfants ou les jeunes qui en sont victimes et pour leurs familles.
Véronique Faudou-Sourisse, cofondatrice de l’association Vivre avec le SAF, nous en dit plus.
Par Véronique Faudou-Sourisse, co-fondatrice de Vivre avec le SAF
L’alcoolisation foetale : un mal invisible ?
Maija, 8 ans
Maija est une fillette de 8 ans qui ne laisse pas indifférent : elle est toujours souriante, affectueuse et dynamique mais, de façon imprévisible, elle devient provocatrice et se met dans des colères inexplicables. Au quotidien, c’est un vrai tourbillon et à l’école, ses difficultés d’attention et de nombreux troubles « dys » lui font prendre beaucoup de retard. La famille désemparée s’adresse à un CMP qui pense à des troubles de l’attachement. Malgré un suivi en pédopsychiatrie, son comportement continue de s’aggraver.
Karine, 15 ans
Karine a 15 ans. Après une enfance relativement calme, rien ne va plus depuis l’entrée au collège. En raison de ses difficultés scolaires, elle est en classe adaptée mais son comportement est de plus en plus problématique. Agitée et agressive, elle est souvent convoquée chez le proviseur. Elle devient le mouton noir de l’établissement et subit harcèlement et racket. Son comportement inadapté et immature vis-à-vis des garçons la met dans des situations dangereuses, elle peut parfois disparaître plusieurs jours sans donner de nouvelles.
David, 17 ans
David, lui, est presque adulte : il a 17 ans. Petit, ses parents adoptifs lui trouvaient une « drôle de petite bouille ». C’était un enfant facile et affectueux. Malheureusement, ses difficultés scolaires l’entraînent dans une longue série d’échecs. Il tente plusieurs CAP sans résultat. Depuis le début de l’adolescence, David a une mauvaise image de lui et se sent nul. Entre déprime et révolte, il change de comportement à la maison et devient provocateur et violent. Il fugue régulièrement et côtoie des jeunes qui l’entraînent progressivement dans la petite délinquance et l’alcool.
Le point commun : une exposition prénatale à l’alcool non détectée
Le lien qui unit Maija, Karine et David est une exposition prénatale à l’alcool non détectée et non prise en charge. Pour le dire simplement, leurs mamans biologiques ont consommé de l’alcool durant leur grossesse ce qui a provoqué des lésions dans la construction de leur corps et de leur cerveau. Les troubles qui en découlent s’appellent les troubles du spectre de l’alcoolisation foetale (TSAF).
Et si mon enfant souffrait d’une alcoolisation foetale ?
Il est d’usage aujourd’hui d’utiliser le sigle TSAF plutôt que SAF lorsqu’on parle de l’alcoolisation fœtale. La désignation « troubles du spectre de l’alcoolisation foetale » regroupe l’ensemble des atteintes physiques, cognitives et comportementales rencontrées chez les personnes exposées à l’alcool avant leur naissance.
Des conséquences de minimes à très graves
Le terme « spectre » indique que, suivant le moment, la quantité ou la fréquence de la consommation d’alcool, les conséquences pourront aller de minimes à très graves en passant par des troubles modérés.
Lorsque des malformations physiques sont visibles à la naissance, notamment sur le visage, on parle d’un syndrome d’alcoolisation foetale (SAF) mais plus de trois fois sur quatre, il n’y a pas de signes extérieurs visibles. On parle alors de TSAF-NS (non syndromique, c’est-à-dire sans traits faciaux caractéristiques). Les TSAF font aujourd’hui partie de la grande famille des troubles du neurodéveloppement (TND) au même titre que l’autisme ou les TDA/H (troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité) par exemple.
De nombreux enfants adoptés souffrent de ce handicap
Vous l’avez donc compris, la plupart du temps, il s’agit d’un handicap invisible à la naissance et lorsque les troubles apparaîtront quelques mois ou années plus tard, ils ne pourront plus être reliés à une exposition prénatale à l’alcool. Sans diagnostic ou avec un diagnostic erroné, l’enfant ne pourra pas bénéficier du suivi adapté dont il aura besoin toute sa vie.
De nombreux enfants adoptés, en France ou à l’international, souffrent de ce handicap sans que les parents le sachent. Les troubles cognitifs et comportementaux risquent alors d’être attribués à tort à des traumatismes psychologiques ou à une mauvaise éducation, ce qui entraîne parfois des signalements et de cruels placements abusifs.
| Le SAF et les TSAF ont-ils fréquents chez les enfants placés ou proposés à l’adoption ? |
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| Le syndrome d’alcoolisation foetale et les troubles du spectre de l’alcoolisation foetale sont très fréquents chez les enfants proposés à l’adoption, en France ou à l’international. SAF et TSAF sont très fréquents chez les enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance. Nous ne disposons pas de données chiffrées en France, mais selon des données américaines et canadiennes, on trouve chez les enfants placés 10 à 15 fois plus d’enfants affectés par des TSAF que dans la population générale et aussi 10 fois plus d’enfants porteurs de SAF que dans la population générale. Il n’y a pas de raison pour que cela soit très différent dans notre pays. |
Quels sont les signaux d’alerte d’une alcoolisation foetale ?
Lorsque les traits du visage ne révèlent pas de SAF, il faut être attentif à d’autres signaux d’alerte.
Chez les plus petits
Chez les plus petits, un retard de développement, des difficultés à s’alimenter ou des cris persistants peuvent inquiéter mais c’est surtout à l’occasion de l’entrée à l’école que les premiers signes risquent d’apparaître avec plus ou moins d’intensité : troubles de l’attention, de la mémoire et de l’abstraction, difficulté de repérage dans le temps et troubles « dys » compliquent les apprentissages.
Des troubles associés
Ils vont de pair, la plupart du temps, avec des troubles du comportement de type hyperactivité, impulsivité, colères, opposition et provocation, immaturité, faible compréhension des consignes et des règles sociales. Ce sont, hélas, ces troubles du comportement qui amènent parfois à de graves erreurs d’interprétation. L’enfant passe pour un insolent, un mal élevé ou un provocateur alors qu’il est victime de lésions cérébrales. Les réactions inappropriées de l’entourage susciteront une souffrance de l’enfant qui se sentira incompris et injustement jugé.
À l’adolescence
À l’adolescence, risquent d’apparaître de nouvelles difficultés : mauvaise estime de soi, fugues, rupture scolaire, conduites à risque, addictions, actes déplacés, démêlés avec la justice. Des maladies telles que les troubles de l’anxiété, la dépression et la bipolarité ne sont pas rares non plus, prouvant une réelle souffrance psychique. Mais il est tout à fait possible d’agir pour éviter ou limiter ces troubles secondaires. Pour cela, il n’y a qu’une solution : un diagnostic le plus précoce possible.
Le diagnostic et le suivi : un long chemin de croix ?
Même si votre médecin traitant est la première personne à qui parler de votre suspicion, seule une équipe médicale formée aux conséquences de l’alcoolisation fœtale (neuropédiatre, neuropsychologue, généticien) peut poser un diagnostic de SAF ou de TSAF-NS. De nombreux bilans sont nécessaires pour écarter toutes autres causes de ces troubles. Ce sont ces spécialistes qui vous guideront ensuite vers un suivi pluridisciplinaire (ergothérapie, orthophonie, neuropsychologie ou psychomotricité).
Les TSAF sont encore mal connus
Malheureusement, dans un pays où l’apéro et le vin font partie du savoir-vivre et où l’alcool au féminin est un sujet tabou, les TSAF sont encore mal connus, y compris des professionnels de santé. Notre pays accuse un retard d’une vingtaine d’années par rapport au Canada. Nous sommes les mauvais élèves de l’Europe en matière de prévention et de prise en charge de l’alcoolisation foetale. Pourtant, en France, il naîtrait chaque heure un enfant victime de l’alcoolisation foetale !
Le cas particulier des familles adoptantes
Dans le cas particulier des familles adoptantes, l’absence de témoignage sur l’alcoolisation de la mère biologique rend le diagnostic encore plus difficile à établir. Lorsque les familles évoquent cette éventualité devant un professionnel de santé, la réponse est en général dubitative et il faut insister lourdement pour obtenir des bilans. Fort heureusement, les efforts des associations SAF France et Vivre avec le SAF ont permis de faire avancer les connaissances et la prévention sur le sujet.
Mon enfant est porteur de TSAF : à qui m’adresser pour trouver du soutien ?
L’association Vivre avec le SAF peut vous aider. Créée en 2012, cette association de familles adoptives, biologiques et d’accueil de personnes porteuses de TSAF s’est rapidement fixé plusieurs missions.
Un réseau d’échanges
Tout d’abord, tisser un réseau d’échanges entre les familles, les aidants et les personnes touchées afin de les sortir de l’isolement. Les premiers contacts peuvent se faire via la messagerie de notre site. Notre groupe de parole permet des discussions et des échanges d’expériences mais rien ne vaut les rencontres « en vrai » lors de l’assemblée générale ou d’un pique-nique. Des liens d’amitié et de soutien se forgent rapidement.
Des référents dans différents domaines
Nous avons des référents dans des domaines comme les curatelles, les problèmes avec la justice ou la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Nous pouvons aussi vous guider vers des spécialistes pour obtenir un diagnostic et le suivi de votre enfant. Notre guide rédigé en 2014 vous donnera des astuces pour faciliter la vie quotidienne, apaiser les relations avec l’école ou faire des choix à l’entrée dans le monde du travail.
Information des professionnels
Notre but est aussi d’informer les professionnels de la santé, du social, de l’éducation, de l’emploi et de la justice sur les conséquences de l’alcoolisation fœtale. Nous allons régulièrement à la rencontre des professionnels lors de leurs congrès mais aussi en intervenant sur leur lieu de travail (PMI, périnatalité, commissariats, collèges et lycées…) ou dans les lieux de formations (institut de formation en soins infirmiers, écoles de magistrature, écoles d’éducateurs de jeunes enfants et d’éducateurs spécialisés).
Quel avenir pour mon enfant ?
Nos familles mènent un travail de fourmis. Petit à petit les choses évoluent et le « zéro alcool pendant la grossesse » semble être présent dans toutes les têtes. Beaucoup de chemin reste à faire mais le repérage et les suivis des personnes souffrant de TSAF s’améliorent et offrent des espoirs d’une vie meilleure et plus autonome à l’âge adulte. Malgré des chemins jonchés d’écueils, nous comptons parmi nos enfants beaucoup de réussites dont ils sont fiers aujourd’hui.
Mais que sont devenus Maija, Karine et David ?
Maija
Maija a obtenu un diagnostic à l’âge de 12 ans grâce à un neuropédiatre de l’hôpital Robert Debré. L’adaptation de son suivi et un traitement médicamenteux lui ont permis de faire une scolarité en Ulis. Elle a obtenu deux CAP. C’est aujourd’hui une jeune femme de 23 ans épanouie dans son travail d’hôtesse de table, elle est de plus en plus autonome.
Karine
Karine s’est retrouvée mêlée à une terrible affaire judiciaire. Grâce à une expertise rapide et un diagnostic, elle est passée du statut de complice à celui de victime. Reconnue handicapée et soutenue par sa famille, elle a réalisé son rêve de travailler avec les animaux dans une ferme pédagogique.
David
David a connu la rue et les addictions pendant plusieurs mois avant d’obtenir enfin un diagnostic. Apaisé et bien suivi, il travaille dans un ESAT (établissement et service d’aide par le travail) et vit dans un appartement sous la vigilance affectueuse de ses parents.
En savoir plus
- L’association Vivre avec le SAF : association de familles adoptives, biologiques ou d’accueil concernées par les troubles du spectre de l’alcoolisation foetale (TSAF) ou le syndrome d’alcoolisation foetale (SAF).
Ses actions s’organisent autour de trois axes principaux : L’accompagnement des familles, la création de ressources et l’information des professionnels et du grand public.
- La chaîne Youtube de Vivre avec le SAF : des vidéos témoignages, des webinaires, des conférences…
À voir
Un module de sensibilisation sur l’alcoolisation foetale proposé par Vivre avec le SAF est disponible en replay sur la chaîne YouTube de l’association.
- Le module I : présentation des troubles de l’alcoolisation fœtale
Une sensibilisation présentée par Catherine Metelski, présidente de l’association Vivre Avec Le SAF et échanges avec les participants.
- La consommation d’alcool et les conséquences sur le développement de l’embryon
- Troubles de l’alcoolisation foetale (TSAF) / syndrome d’alcoolisation foetale (SAF) : quelles différences ?
- Les troubles primaires et les troubles secondaires ou sur-handicaps
- Le parcours de soin
- L’association Vivre avec le SAF





