Problème de santé et agrément : pourquoi et comment en parler ?
Vous avez été ou vous êtes porteur d’une pathologie ? Vous avez eu un cancer ? Faut-il en parler pendant la procédure d’agrément ? Si oui, comment ?
Dépasser les peurs et les idées préconçues sur sa maladie pour aborder lucidement l’adoption d’un enfant, ne rien nier pour mieux prouver sa capacité d’adaptation aux difficultés, c’est le message de cet article optimiste qui vient bousculer les mentalités.
Par le Dr Odile Baubin, pédiatre référent d’Enfants en recherche de famille
Les futurs parents vivent souvent leur problème de santé comme une difficulté supplémentaire qui risque de faire échouer leur projet d’adoption, aussi sont-ils souvent tentés de le passer sous silence.
Parfois, ce problème de santé est à l’origine de la démarche d’adoption : que ce soit une maladie chronique qui rende la grossesse délicate, voire dangereuse, un traitement au long cours qui la contre-indique temporairement ou définitivement, ou encore le risque de transmission d’une anomalie génétique ou familiale, les raisons sont multiples.
Problème de santé et agrément : en parler ou pas ? Et comment ?
Lorsqu’on se tourne vers l’adoption, il n’est pas rare que l’on ait traversé des épisodes de vie difficiles, notamment sur le plan de la santé. Ce sont eux qui nous ont construits, ils font partie de notre histoire, mais au moment de l’évaluation pour l’agrément, la question se pose souvent : faut-il en parler ? Et comment ?
Indépendamment du fait qu’un projet de vie tel que l’adoption ne peut se bâtir sur des mensonges ou des non-dits, il est parfois difficile d’imaginer quel impact aura la révélation d’une pathologie sur les conclusions des évaluations et sur l’obtention ou non de l’agrément.
Ne pas mentir : la base de la relation de confiance
Ne pas mentir ou omettre des faits importants : c’est la base de la relation de confiance, nécessaire à une évaluation et un accompagnement de qualité. Bien sûr, les travailleurs sociaux ne sont pas médecins et peuvent réagir avec leur propre vision de la maladie. Mais vous qui l’avez traversée, vous la connaissez mieux que quiconque et pouvez décrire, avec vos mots, les symptômes, les traitements et leurs effets secondaires, leurs retentissements sur votre vie quotidienne, les espoirs de guérison ou les risques d’aggravation.
Quelles compétences avez-vous développées ?
La bataille que vous avez menée, que vous menez parfois encore, en dit long sur votre capacité d’adaptation, la façon dont vous vous épaulez l’un l’autre dans un couple, et comment vous vous saisissez des propositions de soutien de votre entourage. Vous avez parfois dû revoir vos ambitions personnelles à la baisse, différer des projets qui vous tenaient à cœur. Bref, autant de compétences recherchées dans la parentalité adoptive qui vous aideront à accompagner un enfant dans son histoire, face à ses difficultés, sans regret pour ce qui n’est pas.
S’appuyer sur sa connaissance du monde de la santé
De plus, cette expérience personnelle vous a permis de mieux connaître le monde de la santé, de créer votre réseau de soignants auxquels vous accordez votre confiance. Cela se révèlera un atout formidable pour l’accueil d’un enfant qui présenterait des problèmes de santé, si tel est votre projet.
A contrario, si cette histoire est encore trop douloureuse, ou qu’elle vous a laissé de tels mauvais souvenirs que vous ne vous sentez pas capable d’y replonger pour votre enfant, cela viendra argumenter et valider votre désir d’accueillir un enfant en bonne santé.
À quoi sert le certificat médical demandé dans le cadre du dossier de demande d’agrément ?
Pour toute demande d’agrément en vue d’adoption, vous devez fournir un certificat médical de moins de trois mois, d’un médecin agréé, attestant que son état de santé et celui des personnes résidant à son foyer permet l’accueil d’enfants en vue d’adoption (art. R. 225.3 Code de l’action sociale et des familles)
Des contre-indications à l’adoption ?
Ce certificat sert surtout à s’assurer qu’il n’y a pas de contre-indications majeures à l’adoption qui doivent être rarissimes. Par exemple, ce pourrait être une personne atteinte d’une maladie grave et qui refuse son traitement, que ce soit un diabète, un cancer, une infection HIV ou une pathologie psychiatrique, dont on sait que sans traitement adapté, le pronostic vital est menacé.
Un temps de réflexion
Cette consultation peut être un temps de réflexion sur sa pathologie et ses conséquences, sur la façon d’en parler dans le cadre de l’évaluation, sur les précautions à prendre selon son projet. Elle peut aussi faire prendre conscience qu’il est encore trop tôt pour s’engager dans ce projet, pour de multiples raisons. L’accueil d’un enfant demande une grande énergie au quotidien : vous aurez peut-être besoin de vous requinquer avant de vous lancer dans l’aventure ; faire ce voyage si souvent reporté ; reprendre le sport ; réaliser une reconversion professionnelle envisagée depuis longtemps. Il faut des bases solides pour construire une famille ; la vôtre a été malmenée, prenez le temps de la consolider.
Apporter des éléments de compréhension
Le médecin qui rédige ce certificat est souvent démuni et peut faire appel au médecin référent en protection de l’enfance. Il devrait en exister un dans chaque département, souvent un médecin de PMI.
Certaines pathologies peuvent sembler plus difficiles à aborder, considérées comme plus graves, laissant planer un doute sur le pronostic vital, ou parce qu’elles restent taboues dans l’imaginaire collectif. L’évaluation est une relation humaine et le travailleur social va réagir en fonction de sa propre sensibilité, de la vision qu’il se fait de la maladie. À vous de lui apporter les éléments de compréhension qui montreront que vous avez réfléchi à l’impact de votre pathologie sur votre projet d’adoption.
Vous êtes ou vous avez été porteur d’une pathologie
Vous avez été traité pour un cancer
Quel que soit ce cancer, à lui seul, le mot fait peur. Au regard de ce qui précède, vous avez attendu d’être considéré comme en rémission, voire guéri avant de vous lancer. Vous n’êtes pas à l’abri d’une récidive, mais beaucoup plus surveillé que n’importe qui d’autre, vous serez pris en charge très précocement. Vous avez ainsi moins de risque que la population générale, et donc que la personne qui se trouve en face de vous. Même les banques ont admis le « droit à l’oubli » dans le cadre des prêts immobiliers sur le long terme.
Vous êtes porteur d’une maladie virale chronique contagieuse (hépatite B, HIV)
Vous êtes sous traitement pour limiter la charge virale transmissible : grâce au traitement, vous pouvez mener une vie normale. Aucun risque de transmettre le virus à un enfant, d’autant qu’il existe un vaccin pour l’hépatite B. Quant à l’avenir, si votre foie fonctionne correctement pour le moment, il n’y a aucune raison de s’inquiéter à moyen terme. À long terme, qui peut assurer ne pas être victime d’un accident, de l’apparition d’une maladie aiguë foudroyante ? Là encore, l’avantage de se savoir porteur d’une pathologie est qu’on est médicalement surveillé de près, ce qui est loin d’être le cas de nombreux adultes qui se sentent bien portants.
Vous êtes atteint d’une maladie invalidante
Si vous êtes atteint d’une maladie invalidante qui évolue par crises, comme les polyarthrites ou la sclérose en plaques, vous connaissez ces périodes de crises, vous avez appris à les gérer au quotidien, et si cela vous met à mal physiquement, vous limitant dans vos mouvements, cela ne vous empêche en rien d’accompagner un enfant sur le plan éducatif. Tout est question d’organisation, de répartition des tâches dans le couple, de moyens de compensation (soutien familial, aide à domicile, appareillage) compatibles avec une relation parent enfant.
Montrez vos capacités d’adaptation
On pourrait ainsi continuer à décliner différents tableaux mais le principe doit vous paraître familier maintenant. Faites-vous confiance : vous connaissez votre maladie mieux que votre interlocuteur, fût-il médecin, la façon dont elle vous atteint, la façon dont vous pouvez composer avec elle. Alors expliquez les choses avec vos mots, montrez que vous y avez réfléchi avec les soignants qui vous suivent, avec votre conjoint, avec votre famille, ceux qui sont susceptibles de vous accompagner. Et transformez ce qui vous semblait un « handicap » dans la démarche d’agrément en une démonstration de votre capacité d’adaptation, de résilience qui sont de formidables atouts lorsqu’on aborde la parentalité adoptive.
À lire aussi sur ce blog
- Sandrine et Jean-Louis Vercasson, Travailler ses forces et ses limites dans l’adoption
Travailler ses limites dans l’adoption est une question qui se pose de façon accrue.
Déjà parents, déjà adoptants, les référents d’Enfants en recherche de famille ont généralement l’expérience au quotidien de l’adoption des enfants à besoins spécifiques. Avec recul et sans jugement, ces « jardiniers » des chemins de l’adoption accueillent les désirs de chacun, célibataire ou en couple, et accompagnent les postulants qui s’orientent vers l’adoption d’un enfant à besoins spécifiques, dans un travail autour de leurs limites et de leurs forces.
À lire dans la revue Accueil
- Accueil n° 172, « L’adoption face à la maladie et au handicap », septembre 2014
Les postulants sont incités à réfléchir à une ouverture vers des enfants à besoins spécifiques et doivent s’interroger sur la façon dont maladie et handicap, du côté des parents ou des enfants, interfèrent dans les projets et changent la donne.
- Accueil n° 203, « Et nous, parents, sommes-nous adoptables ? », juin 2022
Comment mesure-t-on, évalue-t-on « l’adoptabilité » des (futurs) parents ? Quelles sont les qualités et compétences parentales requises ? Qu’en disent les personnes adoptées, elles-mêmes ? Qu’est-ce qui fait que nos enfants nous ont eux aussi « adoptés »… ou pas ?




