Des routines et des rituels pour déjouer l’insécurité
Pour se sentir en sécurité et en confiance, les enfants ont besoin d’avoir des routines et des rituels, des journées prévisibles, rythmées par des gestes et des événements qui reviennent chaque jour dans le même ordre et souvent à la même heure.
[Les routines] leur procurent de la stabilité et leur permettent de prévoir ce qui s’en vient. Cela leur donne l’impression d’avoir du contrôle sur leur quotidien. Ils vivent alors moins de stress et d’anxiété1.
Par Nathalie Parent
Pour se sentir en sécurité et en confiance, les enfants ont besoin d’avoir des routines et des rituels, des journées prévisibles, rythmées par des gestes et des événements qui reviennent chaque jour dans le même ordre et souvent à la même heure. [Les routines] leur procurent de la stabilité et leur permettent de prévoir ce qui s’en vient. Cela leur donne l’impression d’avoir du contrôle sur leur quotidien. Ils vivent alors moins de stress et d’anxiété1.
Élise : un même scénario sécurisant
Pour Élise, adoptée à 3 ans, il était indispensable que le moment où elle allait se retrouver seule pour dormir soit précédé de faits ou de gestes connus et attendus : dîner, jouer à un jeu calme, se mettre en pyjama, se laver les dents, faire un bisou à sa maman puis, accrochée au cou de son papa, aller dans son lit avec la promesse d’une histoire lue par son père. Chaque jour, à la même heure, le même scénario se reproduisait : toutes ces routines ont permis de réduire le plus possible les « inconnus » – qui la perturbaient beaucoup – et ont en outre aidé Élise à développer son autonomie.
La répétition, pour donner des repères à l’enfant insécurisé
Une certaine constance
Si, à l’âge adulte, cet aspect répétitif et si prévisible peut être perçu comme pesant ou aliénant, il n’en est rien durant l’enfance ! Dans cet inconnu qu’est le monde, les rituels bordent la journée de l’enfant et lui donnent des repères spatio-temporels, explique Lyliane Nemet-Pier, psychologue clinicienne, qui ajoute : On ne se rend pas compte de toutes les nouveautés qu’un enfant absorbe quotidiennement et de tous les événements qui peuvent lui faire peur et l’angoisser. L’enfant apprécie donc ces petits gestes – hygiéniques, ludiques ou réconfortants –, qui revenant chaque jour ou chaque semaine, témoignent d’une certaine constance des choses dans le tumulte de la vie et lui permettent de se sentir en sécurité.
Le tout-petit : un statisticien en herbe
Le tout-petit est un statisticien en herbe, explique Héloïse Junier, psychologue en crèche et formatrice petite enfance. Le cerveau du bébé fait des probabilités, des hypothèses pour mieux comprendre son environnement, les relations de cause à effet et ce qui va se passer juste après. Tous les rituels mis en place servent à jalonner son quotidien et à prévenir tout inattendu ; ils répondent directement aux besoins de redondance du cerveau de l’enfant, sont donc d’une importance capitale pour son bien-être ! souligne la psychologue. D’autant plus qu’à ces jeunes âges, les enfants n’ont pas la notion du temps. Ils ne peuvent donc pas s’y référer pour mieux anticiper et ordonner leurs journées.
Renforcer le sentiment de sécurité
Les rituels permettent ainsi de renforcer le sentiment de sécurité de l’enfant, de favoriser la création de repères dans son esprit, d’anticiper plus facilement les événements d’une journée, de l’étape suivante, de limiter son stress et de mettre de l’ordre dans son quotidien. D’après Boris Cyrulnik, la fonction du rituel est également d’apprendre à coexister et à vivre ensemble.
La répétition sécurise à tous les âges
Ce qui est valable pour le tout-petit l’est tout autant pour l’enfant plus grand et… pour l’adulte.
Les enfants adoptés – en France ou à l’étranger – sont souvent très insécurisés : ayant perdu tous leurs repères, ils doivent se « sur-adapter » à un nouvel environnement inconnu. S’ils ont vécu en institution, ils peuvent également n’avoir aucun repère temporel, faute d’avoir bénéficié de journées ritualisées, dans un environnement où les jours se suivent de façon indifférenciée.
L’insécurité de Sacha
Une planification rigoureuse
Adopté à l’âge de 5 ans et demi, Sacha avait vécu dans une institution depuis ses 2 ans et manifestait une forte insécurité. Ses parents ont mis en place une planification rigoureuse, n’entreprenant jamais rien sans avoir prévenu leur fils. Les premiers mois, ils inscrivaient sur un tableau tout ce qui allait se passer le lendemain, une colonne étant consacrée à chaque membre de la famille (avec une photo) pour permettre à Sacha de se repérer.
Savoir où se trouve chaque membre de la famille
Des pictos figuraient ce que chacun faisait : un bureau si le parent était au travail, un dessin de classe si ses sœurs ou lui-même étaient à l’école, une danseuse quand la plus âgée était au cours de danse ou une raquette pour représenter le cours de tennis, une maison quand on restait simplement… à la maison. Ainsi, Sacha savait précisément où se trouvait chaque membre de sa famille. Petit à petit, le tableau a évolué passant d’un rythme journalier à un rythme hebdomadaire et est devenu un agenda partagé que chaque ado ou jeune adulte regarde aujourd’hui avec plus ou moins d’attention !
Insécurité et attachement
Des retentissements sur le comportement
Les enfants adoptés n’ont que rarement pu bénéficier d’une figure d’attachement privilégiée, attentive et répondant de manière adéquate et prévisible à leurs besoins, et ce manque de sécurité retentit sur leurs comportements.
Louise
Arrivée à 11 mois, Louise avait un besoin viscéral de contact physique avec sa mère et restait « collée » à elle tel un bébé koala. Elle n’acceptait de dormir que dans un porte-bébé accroché au dos de sa mère, ce qui est devenu impossible lorsqu’elle a grandi. Se s’endormir demande d’être calme et en totale confiance, or Louise, hypervigilante, luttait contre le sommeil, source à ses yeux de tous les dangers. Sa mère a mis alors un rituel en place : au moment de la sieste, mère et fille fermaient ensemble la porte d’entrée de l’appartement et Louise gardait les clés dans son lit afin d’être certaine que sa mère serait encore là à son réveil.
Le stress de la séparation
La séparation génère du stress chez les enfants et plus encore chez les enfants adoptés. Peur que les parents ne les aiment plus, qu’ils ne reviennent pas les chercher, qu’ils disparaissent.
Camille
Camille, adoptée à 4 mois, était très angoissée par l’école. Alors, tous les matins, au moment de partir, sa maman lui embrassait l’intérieur des mains et l’enfant « stockait » les bisous dans sa poche. Ainsi, elle pouvait, dès qu’elle en ressentait le besoin, sortir un bisou de sa poche, sentant la « présence » rassurante de sa maman…
Adrien
Au début de la scolarisation d’Adrien (6 ans), son papa lui écrivait son numéro de téléphone sur le bras afin que la maîtresse puisse éventuellement l’appeler. Au fil des semaines, Adrien a compris que sa maîtresse disposait de ce numéro de téléphone, mais ce rituel continuait à le rassurer. À la fin de la journée, Adrien était si soulagé de voir son père venu le chercher qu’il s’accrochait à la maîtresse au risque de la faire tomber ! Durant des mois, veillant à être toujours à l’heure, son père a attendu au même endroit afin que son fils puisse le repérer immédiatement, lui évitant autant que possible tout stress lié à une séparation si difficile.
Installer des répétitions, des repères, des routines et des rituels
Pour les enfants qui ont pu souffrir d’isolement sensoriel et ne pas avoir connu de figure d’attachement sécurisante, il est essentiel de « réparer » leur insécurité en installant répétitions, routines, repères et rituels. Chaque parent par adoption doit réaliser que la mise en place de ces repères sécurise l’enfant et soulage les parents ! Salutaire répétition… quand elle est source de mieux-être et même de bien-être !
1 Nicole Malenfant, autrice et enseignante en éducation à l’enfance au Cepeg Édouard-Montpetit.
À voir et à écouter
Comment maintenir une routine à la maison avec les enfants, et ce, sans trop les structurer ni les laisser faire tout ce qu’ils veulent? Des conseils avec Simon Tessier, technicien en éducation spécialisée au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.
À lire sur ce blog
- Dr Odile Baubin, Carences affectives : quelles conséquences ?
Du fait même de l’histoire qui les a menés à l’adoption, les enfants adoptés ont tous vécu des situations où leurs besoins affectifs ne pouvaient être totalement et convenablement comblés. Selon leur personnalité, leur sensibilité, les aides qu’ils ont puisées dans leur environnement, la souffrance qui en résulte sera plus ou moins intense et ils en garderont des séquelles plus ou moins importantes.
- Sandrine Dekens, Les besoins psycho-affectifs des enfants pupilles
Dans cet article, Sandrine Dekens, coordinatrice du service Enfants en recherche de famille, présente les besoins psychoaffectifs des enfants pupilles auxquels il faut pourvoir pour qu’ils développent leurs potentialités, la manière dont leur parcours peut s’accompagner de carences qui entravent leur développement.
Elle donne également quelques pistes pour que les parents par adoption puissent prendre en compte le mieux possible les spécificités et les blessures de leur enfant.
À lire dans la revue Accueil
- Accueil n° 207, « Imprévus et incertitudes », juin 2023
Le parcours d’adoption est jalonné d’incertitudes, de surprises (bonnes et moins bonnes…) et d’imprévus qui demandent tant aux candidats à l’adoption qu’aux parents de développer de solides ressources, de la souplesse et une capacité à faire face à des situations inédites, de savoir rechercher de l’aide. Adaptabilité et créativité seraient-elles, aujourd’hui plus que jamais, des compétences particulièrement à l’œuvre dans la parentalité adoptive ? Du côté des enfants, comment s’y prendre quand surprises et imprévus sont perçus comme des menaces ? Comment la mise en place de routines et de rituels peut venir sécuriser enfant (et parents !) ?
À lire dans la revue Accueil
- Accueil n° 215, « Les 1000 premiers jours de l’adoption », juin 2025
La période qui va du quatrième mois de grossesse jusqu’aux 3 ans de l’enfant est reconnue comme très particulière et déterminante pour la santé de l’enfant par les scientifiques du monde entier. C’est sur ce constat que se sont développées, en France, une réflexion et aujourd’hui une politique d’accompagnement des parents sur les 1 000 premiers jours de l’enfant. Qu’en est-il dans l’adoption ? Quels 1 000 premiers jours seront fondamentaux ? Ceux qui suivront l’arrivée de l’enfant ? Ceux des conditions d’accueil et de l’accompagnement de l’enfant avant son adoption ? Quels sont les enjeux de la première année de l’adoption ?





