Les enfants grands et l’entrée à l’école
Comme pour tout enfant adopté, l’histoire de l’enfant adopté grand est importante. Mais, en raison de son âge plus avancé lors de son arrivée, son histoire peut avoir d’importants retentissements sur sa scolarité tant du point de vue du comportement que de l’attention ou des apprentissages. Le lien qui se crée à l’intérieur de la famille peut être soumis à des tensions.
L’entrée à l’école ou le changement d’école constitue donc un moment-clé auquel il est important de veiller.
Par l’équipe Scolarité d’Enfance & Familles d’Adoption
Prendre du temps en famille avant la première entrée à l’école ou avant le changement d’école
Des parents, une famille, une chambre… Tout est là pour accueillir l’enfant. Pourtant, ce nouveau foyer, si attendu, n’est pas encore ressenti comme un lieu protecteur par l’enfant.
L’enfant arrivé grand a perdu ses repères
Nouvelle langue et nouvelle culture (en cas d’adoption internationale), nouvel environnement, nouveaux adultes pour prendre soin de lui… et nouvelles attentes. Il a besoin de temps pour se sentir en sécurité et pour créer des liens d’attachement sécure avec ses parents. Une fois cette étape franchie, il pourra se sentir aimé et appartenir à sa nouvelle famille ; il prendra confiance en lui et pourra prendre le risque d’apprendre. Une entrée à l’école trop rapide – et dans les apprentissages – peut mettre l’enfant en difficulté durant toute sa scolarité.
- Lorsqu’il s’agit d’un enfant adopté grand en France et donc déjà scolarisé, la question se pose aussi car l’enfant devra changer d’école.
Adapter ses attentes
Les parents doivent adapter leurs attentes – parfois élevées – sur la scolarité pour l’équilibre et le bien-être de leur enfant. Bien que les parents adoptifs soient informés d’éventuelles difficultés de scolarité lors de l’entrée à l’école de leur enfant, il est important de garder à l’esprit que l’école ne doit pas devenir une source de stress pour toute la famille. Les apprentissages ne se limitent pas au cadre scolaire. Le dialogue, le temps accordé à l’enfant et une écoute attentive sont souvent les clés de sa réussite : un enfant apaisé, en confiance et sécurisé sera davantage en mesure de faire face aux éventuelles difficultés rencontrées dans son parcours scolaire.
Instruction obligatoire : à quel âge ?
En France, l’instruction est obligatoire à compter de la rentrée scolaire de l’année civile au cours de laquelle l’enfant atteint l’âge de 3 ans : l’obligation ne commence pas le jour du troisième anniversaire de l’enfant, mais dès la rentrée de septembre de l’année où il aura 3 ans. L’enfant doit alors obligatoirement entrer à l’école maternelle en petite section ou être instruit en famille.
L’instruction en famille
L’instruction en famille nécessite désormais une autorisation préalable annuelle délivrée par le directeur académique des services de l’Éducation nationale du département (DASEN). Cette autorisation ne peut être accordée que pour des motifs liés à l’état de santé de l’enfant, à son handicap, à la pratique d’activités sportives ou artistiques intensives, à l’itinérance de la famille en France ou à l’éloignement géographique de tout établissement scolaire public, et à l’existence d’une situation particulière propre à l’enfant motivant le projet pédagogique…
Ce dernier motif pourrait être applicable aux enfants adoptés.
Que faire pour différer la première entrée à l’école ?
Avant l’arrivée de l’enfant, il convient de se renseigner sur l’offre scolaire et de prendre en compte les différents établissements (publics, privés, pédagogie traditionnelle ou alternative, nombre d’élèves par classe, cours double, enseignant spécialisé pour les élèves en difficulté…) que pourrait fréquenter l’enfant. Il convient ensuite de rencontrer le directeur ou la directrice de l’école pour organiser l’intégration de l’enfant.
Il est aussi important d’observer son enfant pour repérer où il se situe dans ses acquis, y compris scolaires, et évaluer si l’éventuel retard observé peut être vite comblé ou pas.
Demander un report de l’entrée à l’école
Tout d’abord, demander un report de l’entrée à l’école de quelques semaines ou mois mais il est possible que le directeur ou la directrice ne puisse autoriser un tel report. Les parents devront donc demander une autorisation à l’inspecteur ou inspectrice de l’Éducation nationale en charge de la circonscription de l’école (IEN) ou à l’inspecteur ou inspectrice d’académie (DASEN), sans garantie de son obtention.
- Il est alors opportun de justifier sa demande par l’histoire et la situation personnelles de l’enfant et de l’accompagner d’un bilan réalisé par des professionnels et d’un certificat. Une rencontre facilite souvent les demandes.
Si l’autorisation de reporter l’entrée à l’école est refusée
L’instruction en famille pendant quelques mois peut alors être une option, sous réserve d’obtenir l’autorisation préalable du DASEN, tout en gardant à l’esprit qu’il est difficile de se positionner auprès de l’enfant nouvellement arrivé comme « parent enseignant », alors même que l’attachement réciproque n’est pas encore en place.
- L’instruction en famille peut être assurée par une autre personne que les parents si elle est titulaire du baccalauréat ou de son équivalent.
Tout ou partie de cette instruction pourra consister en l’apprentissage du français par l’échange avec l’adulte, des jeux, la lecture de l’adulte, le chant… L’enfant pourra faire des mathématiques en réalisant une recette de gâteau. Le travail du vocabulaire sera facilité par des expériences communes : courses au marché, bricolage, jardinage, plantations à la maison, participation aux tâches ménagères…
Quelles modalités pour la première entrée à l’école ?
Les parents pourront demander une entrée progressive à l’école et dans les apprentissages, mais cela dépendra de la bonne volonté de la direction de l’école et/ou de l’inspection de l’Éducation nationale. L’enfant pourrait venir uniquement le matin pendant plusieurs semaines, puis à temps plein. Avec l’accord préalable de l’inspection d’une académie, une solution avait été mise en place par des parents : instruction en famille deux jours par semaine pour le français et les mathématiques, et scolarisation deux jours par semaine pour les arts plastiques, le sport, la musique, l’histoire-géographie avec des activités dédiées à l’enfant lorsque les autres élèves de la classe travaillaient le français et les mathématiques.
- Évitez les journées de classe trop longues et limitez le nombre d’intervenants :
- • en vous organisant pour que votre enfant déjeune à la maison dans un premier temps
- • en évitant l’inscription aux activités périscolaires après l’école
- • attention au temps de transport trop long qui allonge d’autant la journée de notre enfant
Quelle classe pour la première entrée à l’école ?
En fonction de l’histoire de l’enfant
A-t-il déjà été scolarisé dans son pays d’origine (adoption internationale) ? A-t-il déjà appris à écrire ou à lire dans sa langue maternelle ? Y a-t-il un décalage entre son niveau actuel et le niveau nécessaire à l’entrée dans la classe de son âge ?
Un enfant sans problème cognitif, de santé ni handicap peut présenter une immaturité affective liée à des carences affectives. Il peut avoir besoin de temps pour assimiler les apprentissages et rattraper son retard. Les parents doivent prendre conscience que le temps de leur enfant n’est peut-être pas en adéquation avec leur représentation de l’apprentissage ou celle de l’institution scolaire.
- Vous pouvez alors demander au directeur ou à la directrice de l’école que votre enfant soit admis dans un niveau de classe correspondant à un niveau N-1 ou N-2 par rapport à son âge :
- • en vous appuyant sur la circulaire sur la scolarité pour les enfants allophones nouvellement arrivés (n° 2012-141 du 2 oct. 2012) qui tolère un écart d’âge, mais la décision finale appartient au directeur ou à la directrice (ou l’inspecteur ou l’inspectrice d’académie)
- • en faisant référence aux cycles définis par la loi de 2013
Quelques exemples
- Votre enfant a 8 ans et devrait intégrer le CE2 (critère d’âge prioritaire). S’il n’a jamais été scolarisé ou ne sait pas lire, demandez qu’il intègre le CE1 ou le CP qui, comme le CE2, font partie du cycle 2 (cycle des apprentissages fondamentaux).
- Si l’école a des classes à cours double (CP-CE1, CE1-CE2…), demandez que votre enfant intègre un double niveau avec le niveau de classe le plus bas.
- Si votre enfant a 6 ans, demandez qu’il fasse quelques mois en grande section de maternelle avant d’entrer en CP. Il a peut-être encore besoin de jouer ou d’apprendre selon les méthodes de la maternelle, avant d’aborder la lecture et l’écriture selon des démarches de l’école élémentaire.
Retarder l’entrée dans la nouvelle école pour un enfant adopté grand en France ?
Aménagement, report de l’entrée à l’école ?
Un enfant adopté grand en France est déjà scolarisé et va devoir changer d’école en arrivant dans sa famille adoptive. La question se pose d’un report de l’entrée ou d’un aménagement des modalités d’entrée dans la nouvelle école. La réponse va dépendre des besoins de l’enfant, de son âge, du niveau de classe et de la date du changement d’école (en début, en milieu ou en fin d’année).
En fonction de la classe
Pour une arrivée dans des classes importantes comme le CP ou la 6e, les parents adoptifs pourront peut-être privilégier l’aménagement du temps scolaire pour un temps partiel à l’école (aller en classe le matin mais pas l’après-midi, privilégier les apprentissages fondamentaux) plutôt que de demander un report de quelques semaines ou mois de l’entrée dans la nouvelle école.
Un courrier de l’assistante sociale de l’Académie ou du Conseil de famille qui a confié l’enfant sera très utile pour appuyer la demande de dérogation des parents.
Une arrivée en fin d’année scolaire
Dans le cas d’une arrivée en fin d’année scolaire, l’intégration de l’enfant dans sa nouvelle école n’est pas prioritaire. Cependant, l’enfant pourra assister à la journée « portes ouvertes » ou à la fête de l’école. Il pourra si possible assister à une ou deux journées de classe pour connaître ses camarades avant la rentrée scolaire prochaine.
- Vous pouvez demander au Conseil de famille les documents sur l’enfant utiles pour sa prise en charge :
- • le projet de vie de l’enfant,
- • les bilans médicaux, psychologiques, paramédicaux,
- • les bulletins scolaires…
Le dispositif scolaire pour les enfants allophones arrivants est-il adapté et utile pour les enfants adoptés à l’international ?
Les enfants adoptés ne sont pas prioritaires
Ce dispositif est destiné aux enfants étrangers non-francophones, nouvellement arrivés, et dont les parents ne parlent pas non plus français. Même si cet enseignement adapté et intensif du français en petit effectif peut être utile aux enfants adoptés à l’international, ils ne sont pas prioritaires car leurs parents adoptifs ne sont pas des primo-arrivants : ils sont français et parlent français.
Les unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants (UP2A)
Les élèves allophones arrivants sont obligatoirement inscrits dans les classes ordinaires de l’école primaire. À partir du CP, ils peuvent être regroupés dans des UP2A pour un enseignement quotidien de français comme langue de scolarisation et pour un temps variable en fonction de leurs besoins. L’UP2A n’est pas nécessairement une classe au sens strict mais peut être mobile et souple : l’enseignant se rend dans l’école et même dans la classe de l’élève concerné.
Si l’UP2A se trouve dans une école différente de la classe « ordinaire » de l’enfant, ce n’est sans doute pas
- N’ayez plus d’inquiétude
- Votre enfant, parlant français à l’école et à la maison, apprendra sa nouvelle langue rapidement en six mois ou un an. L’important est qu’il comprenne quand on lui parle et puisse s’exprimer oralement. L’écrit pourra être plus difficile à acquérir.
- En cas de difficulté persistante pour lire, écrire, faites établir un bilan orthophonique pour détecter d’éventuels troubles de l’apprentissage (dyslexie…).
Quels dispositifs internes ou externes à l’école pour accompagner vos enfants ?
L’adoption ne signifie pas difficultés ou échec scolaire. Mais certains enfants ont des difficultés scolaires durables qui nécessitent l’accompagnement de professionnels (psychologue, psychomotricien, orthophoniste…) au sein ou hors de l’école. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide et à échanger avec d’autres parents dans les groupes de parole d’associations de familles adoptives comme EFA.
Par ailleurs, il existe plusieurs dispositifs internes à l’école de la maternelle jusqu’en classe de Terminale.
Le projet personnalisé de réussite éducative (PPRE)
Lorsque l’enfant a une maîtrise insuffisante de certaines connaissances et compétences, un PPRE est mis en place à la demande de l’enseignant et du directeur ou de la directrice de l’établissement (primaire, collège ou lycée).
Le projet d’accueil individualisé (PAI) en cas de pathologies chroniques, allergies, intolérances alimentaires
À la demande des parents, sous contrôle du médecin scolaire, le directeur ou la directrice de l’établissement (du primaire au lycée) vérifie la validité des médicaments, s’occupe du stockage du traitement et organise une rencontre entre les enseignants et le médecin scolaire. Le PAI peut permettre un aménagement de la scolarité.
Le projet personnalisé de scolarisation (PPS) en cas de handicap
Il est indispensable d’avoir l’avis d’un centre de soin afin que la demande de la famille soit examinée par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Il permet des aménagements et adaptations pédagogiques et éventuellement une aide humaine en classe ou du matériel adapté. Il peut aussi prévoir du temps (pour passer les examens) ou une aide financière.
Le plan d’accompagnement personnalisé (PAP) en cas de troubles des apprentissages ou du comportement (dys, trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité…)
Organisé à la demande de la famille ou sur proposition du conseil des maîtres, le PAP nécessite un justificatif médical et doit être signé par le médecin scolaire. Il permet des aménagements et adaptations pédagogiques en classe.
Quel dialogue avec l’école ?
Quelles informations fournir aux enseignants ?
Le rapport à l’école commence à se construire à l’intérieur de la famille. Avant l’entrée à l’école, il est important de se poser la question des informations qui seront fournies aux enseignants, aux autres parents, aux camarades de classe : que dire à propos de l’histoire de l’enfant ? Faut-il en parler avec lui ? Est-il nécessaire de l’informer de ce qui sera dit ? Faut-il obtenir son consentement ?
Le dialogue doit concilier les enseignants, les parents et l’enfant. Chacun exprime des attentes, des exigences et des besoins qui ne sont pas toujours simultanés ni compatibles.
Des attentes élevées et des demandes paradoxales
Les parents peuvent avoir des attentes élevées et des demandes paradoxales vis-à-vis des enseignants ; leurs modèles de référence peuvent être décalés par rapport aux réalités de l’école, aux programmes scolaires et au niveau auquel leur enfant peut prétendre…
Une vision incomplète de l’adoption
Les enseignants ont souvent une vision incomplète de l’adoption qui peut se traduire par des représentations erronées et des maladresses : comment aborder la fête des mères ou des pères lorsqu’elle est préparée en classe ? Comment aider à construire un arbre généalogique ?
Une histoire préadoptive à prendre en compte
L’enfant a une histoire préadoptive qui peut influencer ses stratégies d’apprentissage et agir sur son comportement. Elle doit être prise en compte pour l’accompagner dans ses éventuelles difficultés mais n’ayant pas vocation à être rendue publique, elle peut rester de l’ordre de l’information donnée à l’enseignant.
- Les parents doivent aussi préparer leur enfant à répondre (ou pas !) aux questions parfois intrusives de ses camarades de classe ou des enseignants.
Pour aller plus loin
- Les fiches thématiques EFA sur la scolarité rédigées à partir des principales questions posées par les parents : disponibles dans les associations départementales EFA.
- Accueil : « La scolarité des enfants adoptés » n° 179, réimp. 2021 et « L’estime de soi » n° 171, juin 2014
- Le devenir des jeunes ayant grandi dans une famille adoptive : enquête sur les adoptés et leurs frères et sœurs – Téléchargeable
- L’adoption : guide EFA à l’attention des enseignants, EFA, guide pratique d’EFA, 2014
- L’enfant adopté à l’école : comment l’accueillir et l’encadrer, L’Envol, 2019 – Téléchargeable
- Marie-Josée Lambert, L’enfant adopté en difficulté d’apprentissage, de Boeck, 2011
- Enseigner à des élèves à besoins éducatifs particuliers, site Eduscol : les dispositifs internes d’aide à l’école




EFA