La scolarité des enfants adoptés
Quelle est la scolarité des enfants adoptés ? Ces derniers rencontrent-ils les mêmes difficultés que les autres enfants ? Ont-ils plus de difficultés ? Leur histoire avant l’adoption a-t-elle des incidences sur leurs apprentissages et leur réussite scolaire ? Quel regard et quelle attitude devons-nous avoir en tant que parents face à la scolarité de nos enfants ?
L’équipe Scolarité d’EFA travaille sur ces questions et élabore des fiches thématiques, disponibles auprès des associations départementales EFA.
L’équipe scolarité d’EFA a rédigé des fiches thématiques sur les principales questions posées par les parents autour de la scolarité des enfants adoptés. Ces fiches, disponibles auprès de votre association départementale EFA, ont pour objectif de donner des informations, des pistes de réflexion et des témoignages pour aider les parents adoptants lors de l’entrée à l’école et au cours de la scolarité de leurs enfants.
- Ces fiches scolarité sont disponibles auprès de votre association départementale
- Fiche n° 1 La scolarité des enfants adoptés
- Fiche n° 2 L’organisation scolaire et l’accompagnement aux différents passages
- Fiche n° 3 L’organisation scolaire pour les élèves en difficultés persistantes
- Fiche n° 4 Les orientations scolaires possibles à partir du collège pour un enfant dit « non scolaire »
- Fiche n° 5 Et si mon enfant a décroché : que peut-on faire ?
- Fiche n° 6 Mon enfant est en 3e ou seconde, le maintien dans la classe d’origine est-il une solution ?
- Fiche n° 7 Quels dispositifs d’aides et d’aménagements à l’école pour accompagner les enfants pendant leur scolarité ?
- Fiche n° 8 Devoirs à la maison : comment accompagner les enfants ?
- Fiche n° 9 Comment dialoguer avec l’école ? Que dire et à qui s’adresser ? Comment ne pas rester seul face aux difficultés ?
- Fiche n° 10 Mon enfant a des difficultés d’attention et de concentration à l’école ; l’enseignant dit qu’il bouge sans arrêt en classe : on me dit qu’il est « hyperactif » ; que se passe-t-il ?
- Fiche n° 11 Comment aider mon enfant à être plus attentif et à mieux se concentrer à la maison et à l’école ?
- Fiche n° 12 Mon enfant est en situation de handicap : quelles sont les aides et les adaptations pour sa scolarité ? Quels sont les différents parcours de scolarisation ?
- Fiche n° 13 Les écoles « hors contrat » et autres écoles ou solutions alternatives
- Fiche n° 14 L’estime de soi de l’enfant adopté
- Fiche n° 15 Le harcèlement
Mieux accompagner la scolarité des enfants adoptés
L’enquête d’EFA, Le devenir des jeunes ayant grandi dans une famille adoptive, a montré que 53 % d’entre eux obtiennent au minimum un baccalauréat. L’adoption n’est donc pas synonyme de plus grandes difficultés scolaires : les enfants adoptés ont, généralement, une scolarité « ordinaire ».
Les difficultés rencontrées sont inhérentes à l’acte d’apprendre : chaque enfant peut y être confronté. Cependant, certains enfants adoptés rencontrent des difficultés scolaires liées en partie à leur histoire avant l’adoption. Il ne s’agit pas de les désigner comme une catégorie d’élèves à part mais de mieux comprendre leurs besoins et leurs difficultés, et de permettre à leurs parents et aux enseignants de mieux les accompagner et les orienter.
Quelques spécificités de la scolarité des enfants adoptés
Apprendre, comme nous le rappelle Yves Duteil dans sa si belle chanson Apprendre, c’est aussi apprendre à lire entre les lignes, à compter sur soi-même, à écrire son histoire pour plonger vers sa liberté. Pour un certain nombre de nos enfants adoptés, la scolarité, et donc les apprentissages, sont bien plus qu’une somme de savoirs et de compétences ; c’est un chemin plus proche du GR20 que de la promenade sur les planches de Deauville…
Avec nos enfants adoptés, nous devons prendre en compte leur histoire singulière qui commence souvent par une grossesse difficile et par l’abandon.
Les carences affectives
Nous pensons d’abord aux carences affectives consécutives aux ruptures successives, à la vie en orphelinat, mais aussi au stress de la mère biologique vécu par l’enfant in utero et parfois dans les premiers temps de sa vie, et dont les impacts neurologiques commencent à être étudiés1. Les chercheurs soulignent les retards cognitifs associés à ce stress. Parmi ces carences, les séparations successives – parfois nombreuses – vécues par nos enfants ont largement mis à mal leur besoin de sécurité.
Les difficultés de l’attachement
Cette difficulté à créer des liens sécures – l’enfant a une vulnérabilité neuro-émotionnelle2 du fait de son environnement défaillant avant l’adoption – va fragiliser les apprentissages. Le système d’attachement est lié au système limbique qui gère les émotions et les sensations. L’enfant abandonné a difficultés à créer du lien, mais aussi à mesurer les dangers et gérer ses émotions. Sans rituels sécurisants, il ne peut apaiser son stress, qui limite fortement mémorisation et concentration. Parfois des difficultés de raisonnement ou d’abstraction accentueront ces séquelles. N’oublions pas qu’un attachement sécurisant ouvre la voie à une prise d’indépendance ajustée… Certains enfants ne peuvent que rejeter cet objectif ultime de l’école et des apprentissages, car perçu comme trop dangereux pour eux.
Une faible estime de soi
Le manque de protection parentale, de soutien et de sécurité lors des premiers mois ou premières années de vie provoquent des failles narcissiques, c’est-à-dire une faible estime de soi. Les évaluations constantes à l’école pourront alors vite devenir ingérables, car les erreurs ne viendront qu’accentuer les fragilités profondes de l’enfant.
Des symptômes qui viennent compliquer la scolarité des enfants adoptés
Deux symptômes viendront parfois compliquer les apprentissages. Il s’agit du déficit d’attention et de l’hyperactivité (Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité – TDAH) et du conflit de loyauté.
TDAH
Tout enfant turbulent n’est pas hyperactif !
Ce n’est pas parce que votre enfant est turbulent qu’il est hyperactif3 et il convient donc d’être très prudent. En cas de doute, il est possible de consulter votre médecin généraliste ou votre pédiatre qui pourra vous orienter vers des spécialistes (neuropédiatres, pédopsychiatres, psychologues…) à même de poser un diagnostic. Le TDAH est essentiellement caractérisé par trois symptômes, plus ou moins intenses selon les enfants : l’impulsivité, l’hyperactivité, l’inattention.
L’impulsivité, l’hyperactivité, l’inattention
- L’impulsivité : irritabilité, tendance à couper la parole…
- L’hyperactivité : bougeotte physique et des idées; l’enfant dépense une grande énergie pour rester immobile.
- L’inattention : sensibilité aux stimuli distrayants et difficulté à établir des priorités. Le déficit d’attention est souvent lié à un « défaut de présence ». Le professeur dira : Il/elle est physiquement présent, mais il/elle n’est pas là. Effectivement, sans en être lui-même conscient, l’enfant/l’adolescent adopté est « ailleurs », dans ses pensées.
Dans certains cas, l’enfant ne peut se tourner vers les apprentissages tant qu’un travail en profondeur n’est pas engagé avec un professionnel de santé (pédopsychiatre, psychologue…).
La survenue précoce de la puberté
La puberté précoce n’est pas l’apanage des enfants adoptés mais semble plus fréquente chez ceux venant de l’étranger, notamment chez les enfants adoptés entre 4 et 7 ans4. L’enfant adopté, plus ou moins hypotrophique à l’arrivée dans sa famille adoptive, reçoit alors une alimentation plus riche et équilibrée. On constate souvent un rattrapage staturo-pondéral rapide après son adoption et à la suite de ce rattrapage, un démarrage précoce de la puberté.
Avec diverses conséquences sur la scolarité : décalage par rapport aux pairs, taille définitive réduite engendrant un mal-être, fatigue physique à contretemps et incomprise des adultes. Les difficultés scolaires sont alors la conséquence, voire le symptôme, de tous ces bouleversements physiques et psychiques.
Un conflit de loyauté qui peut se traduire en difficultés scolaires
Inconsciemment, l’enfant peut chercher à ne pas trop s’écarter, culturellement ou socialement, de ce qu’il imagine être son « milieu » d’origine. L’échec scolaire devient alors une protection contre le risque de perdre son identité originelle, connue ou supposée, contre l’autonomie acquise par le savoir – vécue alors comme un nouvel abandon. Car « réussir », n’est-ce pas investir sa vie, seul ? La solitude de l’enfant abandonné viendra, là aussi, résonner lors des apprentissages. Il voudra s’en sortir tout seul, sans l’aide de l’école, des diplômes, du système, en un mot des adultes en qui il a peu confiance… puisqu’ils sont à l’origine de ses souffrances. Le rejet de l’école et parfois la phobie scolaire en seront l’expression visible.
D’autres difficultés propres à l’adoption
Un âge de plus en plus élevé au moment de l’adoption
D’autres difficultés, propres à l’adoption et parfois aussi aux parents ou à notre culture française, vont venir s’ajouter. Un premier point, essentiel, est l’arrivée à un âge de plus en plus élevé de nos enfants, avec des retards affectifs, psychiques et cognitifs de plus en plus complexes, auxquels peuvent s’ajouter des problèmes de santé. Le premier travail sera donc d’évaluer ces différences afin d’aider leur rattrapage progressif.
La rigidité de notre système scolaire
L’école française, si elle sait développer des cycles adaptés (Cf. EFA fiche scolarité n° 2 – L’organisation scolaire et l’accompagnement aux différents passages), n’a généralement pas la souplesse attendue pour intégrer un enfant dans une classe d’âge qui ne serait pas la sienne, ou même ajuster au cours d’une même année des passages d’une classe à l’autre. La rigidité de notre système scolaire vient ici se heurter à chaque histoire spécifique, et à des enfants en décalage, dont « l’hyper maturité des situations » (c’est-à-dire un sens pratique souvent très développé et aussi une bonne analyse des situations concrètes ou des relations, liée souvent à une hypersensibilité) s’oppose à une immaturité affective.
Le temps entre l’arrivée de l’enfant et sa scolarisation
La question du temps entre l’arrivée de l’enfant et sa scolarisation reste un point important pour une scolarité épanouissante. La première rentrée des classes est déterminante (et ce pour tous les enfants, adoptés ou non !). Trop souvent, lorsque l’enfant est grand, nous envisageons de l’intégrer vite avec ses pairs à l’école, pour une meilleure sociabilisation ou pour l’aider dans l’apprentissage du français s’il vient de l’étranger. Or, une scolarisation trop rapide risque de mettre à mal la création de liens avec sa famille par adoption et peut le mettre en difficulté pendant toute sa scolarité.
La confrontation aux rêves et attentes des parents
Quand l’enfant ne correspond pas aux attentes ou aux rêves des parents, que ses intelligences5 ne sont pas celles de sa famille adoptive et qu’il faut parfois du temps pour les découvrir (d’autant plus de temps que l’école française n’aide pas à valoriser d’autres intelligences que l’intelligence logico-mathématique), les difficultés scolaires peuvent s’accumuler, et le rejet de l’école s’installer. Il s’agira pour l’enfant de vérifier, par ce biais, la solidité du lien adoptif : Continuerez-vous à m’aimer si je rejette cette école si importante pour vous ?
Le surinvestissement parental
Cependant, le surinvestissement parental reste le cas le plus courant. Les attentes portées sur l’enfant ne le sont pas tant pour lui-même que pour le comblement du besoin de reconnaissance parental. Vient ici s’immiscer le regard des autres et l’enjeu d’une adoption dite « réussie » bien souvent confondue avec une « scolarité réussie ». Comme si « réussir sa vie » se confondait avec le niveau des diplômes obtenus… Ce point est d’autant plus vif dans les familles adoptantes issues des milieux sociologiquement ou culturellement élevés. Les parents adoptants se sentent plus jugés et plus fragilisés en cas de difficultés scolaires de leur enfant que les autres parents.
Le questionnement sur les origines
Dans cette recherche de sens à donner à sa vie, plus ou moins bien soutenue par ses parents (qui, eux, vivent la « crise de la cinquantaine » pour les uns ou le départ en retraite pour d’autres), l’adolescent adopté s’interroge parfois sur ses origines. Cette préoccupation identitaire, problème existentiel qui absorbe toute l’énergie psychique du jeune, peut ralentir ou entraver son investissement scolaire !
Quelles pistes pour accompagner nos enfants et leur offrir les conditions d’un bon apprentissage ?
Sécurité et estime de soi
Il ne peut y avoir d’apprentissage sans sécurité. Celle-ci pourra être transmise par une bienveillance constante, parentale bien sûr, mais aussi émanant de l’équipe enseignante. C’est ce regard protecteur et bienveillant des parents, des enseignants, mais aussi de ses pairs qui permettra à l’enfant de reconstruire, petit à petit, son estime de lui-même. Cette bonne estime de soi ouvre à la capacité d’aller vers l’inconnu : prendre le risque d’apprendre, se confronter au risque de l’erreur, et, qui sait, de l’échec (qui n’est pas l’abandon !). Oser prendre sa vie en mains en quelque sorte.
Trouver la juste distance avec la scolarité de son enfant
Chaque parent saura trouver la juste distance avec la scolarité de son enfant ; ce lâcher prise qui, ici aussi, n’est pas « abandon », mais confiance et soutien, sans hésiter à aller chercher de l’aide à l’extérieur du foyer. Il conviendra sans doute d’ajuster ses exigences et de choisir avec soin les écoles, les orientations adaptées au collège (Cf. EFA-Fiche scolarité N°4-Les orientations scolaires possibles à partir du collège pour un enfant dit « non scolaire ») et si nécessaire des pédagogies alternatives.
L’accompagnement de la scolarité des enfants adoptés
Enfin, l’accompagnement de nos enfants est un tout. Nous ne pouvons aborder les questions de scolarité sans nous pencher sur leur histoire, leur questionnement, leurs peurs, leur recherche identitaire… en un mot leur psychisme, même s’il vient bousculer notre propre équilibre ! Mettre un voile pudique sur ces questions n’est rendre service à personne. Tôt ou tard les questions apparaissent, le trouble s’installe, la souffrance s’impose, le risque de rejet s’infiltre. Et c’est bien la vigilance des parents qui permettra d’offrir à l’enfant le lieu de parole dont il a besoin pour se comprendre et se construire.
Créativité, différence et patience…
Au terme de ce bref aperçu sur les spécificités de la scolarité des enfants adoptés, il nous semble important de rappeler trois évidences :
- Tout d’abord que les difficultés scolaires ne sont pas l’apanage des enfants adoptés !
- Ensuite, que tout obstacle, toute peine dans nos vies est une occasion de développer notre créativité! Dans les choix pédagogiques, dans les orientations, dans les métiers à proposer à nos enfants, osons la différence !
- Enfin, que la patience reste la qualité essentielle pour donner la possibilité à la résilience de faire son œuvre.
Notes
1 Interview de Boris Cyrulnik in Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, LDP, 2014, p. 42 et suivantes
2 Boris Cyrulnik, « L’attachement au cœur des apprentissages », Sciences Humaines « Les intelligences de l’enfant », 2018
3 Le TDAH est un trouble neuro-développemental chronique qui concerne de 3,5 % à 5,6 % des enfants d’âge scolaire en France (Lecendreux, 2011). C’est le médecin, le psychologue, le pédopsychiatre qui posent le diagnostic. Voir EFA-Fiche scolarité n° 10 On me dit que mon enfant est hyperactif ? Que se passe-t-il ?
4 La puberté précoce chez les enfants adoptés, Site d’EFA.
5 Pascale Toscani, J’optimise mes intelligences : les neurosciences au cœur de la classe, Chronique Sociale, 2014
Pour aller plus loin sur la scolarité des enfants adoptés
- Site d’EFA : EFA et la scolarité ; les dispositifs d’aide aux enfants en difficulté ; un glossaire.
- L’adoption : guide à l’intention des enseignants, EFA, 2014: ce guide reprend certaines généralités sur l’adoption, suggère l’adaptation de certaines activités et liste des maladresses à éviter.
- Synthèse de l’étude EFA sur le devenir des adoptés (15-30 ans): une enquête à partir des réponses de 1 450 jeunes et 807 parents.
- Blandine Hamon, Parents par adoption: des mots pour le quotidien, EFA, 2017, chapitre « Accompagner la scolarité »
- L’enfant adopté à l’école : comment l’accueillir et l’encadrer, L’Envol, 2019
- Accompagnement scolaire et scolarité adaptée : information de base
La scolarité des enfants adoptés dans la revue Accueil et sur Zébulon
- « La scolarité des enfants adoptés », Accueil n° 179, juin 2016
- « L’autonomie dans les apprentissages, » Accueil n° 201, décembre 2021
- « Le pouvoir de l’empathie », Accueil n°203, juin 2022
- Les enfants grands et l’entrée à l’école, le 10 septembre sur Zébulon
À voir
Retrouvez Marie-Hélène Delorme, co-référente de l’équipe Scolarité d’EFA, et Sébastien Testa-Le Mintier, vice-président d’EFA (devenu président d’EFA depuis l’enregistrement de cette émission), référent pôle santé, scolarité et social, sur SqoolTV. Ils nous parlent d’EFA, de l’accompagnement des postulants et des familles et de la scolarité des enfants adoptés.



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