Les enfants pupilles de l’État en 2023
Chaque année, l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) publie un rapport sur la situation des enfants pupilles de l’État. Le rapport 2023, paru en août 2025, présente différents éléments importants : nombre d’enfants pupilles au 31 décembre 2023 ; admissions et sorties ; qui sont les enfants confiés en vue d’adoption et qui ne le sont pas ; leurs projets de vie… Une occasion de mieux comprendre qui sont les enfants pupilles de l’État.
Par Karine Nivelais, référente Enfants en recherche de famille
Au 31 décembre 2023, on comptait 5 170 enfants pupilles de l’État, dont la moitié présentait des besoins spécifiques, nombre en constante hausse depuis plus de dix ans, et de façon encore plus marquée depuis la mise en place des Cessec (commissions d’évaluation de la situation et du statut de l’enfant confié) dans les départements. Au cours de l’année, 6 630 enfants ont bénéficié de ce statut.
Les admissions des enfants pupilles de l’État
1 814 enfants ont été déclarés pupilles de l’État à titre provisoire ou admis à titre définitif (+9 % par rapport à 2022), une augmentation constatée depuis plus de dix ans.
– De 2013 à 2023, la part des enfants admis sans filiation établie a progressivement baissé passant de 59 % des admissions à 24 %.
– Dans la même période, les admissions faisant suite à une décision judiciaire augmentaient régulièrement : 43 % à la suite d’une déclaration judiciaire de délaissement parental en 2023 (24 % en 2013) ; et 11 % à la suite d’un retrait de l’autorité parentale (1 % en 2013). Selon l’ONPE, cette progression est vraisemblablement en lien avec le développement de l’activité des Cessec et avec une évolution des pratiques judiciaires conduisant à prononcer plus régulièrement un retrait de l’autorité parentale.
- Les nouveau-nés
- • Le nombre de naissances sous le secret reste stable entre 2022 et 2023, même si la tendance depuis plusieurs années s’inscrit à la baisse, en représentant 441 naissances. 70 enfants ont été restitués à leurs parents de naissance (16 %, proportion très stable depuis plusieurs années).
- • 24 nouveau-nés avec filiation établie ont été remis en vue de leur admission comme pupilles (16 en 2022 et 2021).
- • Enfin, 5 enfants abandonnés dans l’espace public ont été admis comme pupilles.
La majorité des enfants pupilles de l’État ont connu un parcours préalable de placement à l’ASE
84 % des enfants admis au cours de l’année ont connu au préalable un parcours de placement à l’ASE (59 % en 2013). Comme on peut l’imaginer, cette proportion varie selon les conditions d’admission, ainsi 99 % des enfants admis comme pupilles à la suite d’un orphelinage, d’un retrait de l’autorité parentale ou d’une déclaration judiciaire de délaissement parental ont connu un parcours antérieur en protection de l’enfance.
Les durées moyennes de placement sont de 3,5 ans pour les orphelins, 5,2 ans pour les enfants admis après un retrait d’autorité parentale et de 6,3 ans pour ceux admis après une déclaration judiciaire de délaissement parental.
L’âge des enfants pupilles de l’État au moment de l’admission
En 2023, les enfants avaient, en moyenne, 10,2 ans (7,3 en 2013), pour un âge moyen lors de leur admission de 7,4 ans (5,1 ans en 2013). Cette hausse des moyennes d’âges est, selon l’ONPE, à mettre en parallèle avec l’augmentation importante du nombre d’enfants admis à la suite d’une décision judiciaire (+282 % pour le retrait de l’autorité parentale et +244 % pour une déclaration judiciaire de délaissement parental) et en raison de leur situation d’orphelinage (+121 %).
Les enfants pupilles de l’État présentant des besoins spécifiques
Plus de 41 % des enfants admis dans l’année présentaient des besoins spécifiques (675 enfants2) : 419 en raison de leur âge élevé3, 131 en raison de la situation de fratrie, et 125 pour un problème de santé ou une situation de handicap.
- Admission suite à un échec d’adoption ou de placement
- • En 2023, 7 enfants ont été admis suite à un échec d’adoption (2 en 2022, 3 en 2021 et 4 en 2020).
- • Entre 2013 et 2023, 56 enfants ont acquis le statut de pupille de l’État à la suite d’un échec d’adoption.
Les sorties du statut de pupille
Au cours de l’année, 1 160 enfants ont quitté le statut de pupille de l’État :
- 49 % à la suite d’un jugement d’adoption
- 38 % du fait de leur majorité
- 9 % après restitution à leurs parents
- Les autres motifs de sortie représentaient moins de 4 % du total (45 enfants), qui concernaient essentiellement un changement de statut (36).
Les enfants pupilles de l’État confiés en vue d’adoption
Les enfants
663 enfants ont été confiés en vue d’adoption au cours de l’année 2023 (633 en 2022), soit 11 % des enfants admis au statut de pupille au cours de l’année.
361 (54 %) enfants avaient été admis sans filiation établie ; 47 (7 %) avaient été remis par des personnes qualifiées ou par le ou les parents ; 13 (2 %) étaient orphelins et 242 (36,5 %) avaient été admis à la suite d’une déclaration judiciaire de délaissement ou d’un retrait total de l’autorité parentale.
65 % des pupilles placés en vue d’adoption (435) ont été confiés à une famille agréée de leur département, 26 % à leur famille d’accueil (173) et près de 8 % à une famille agréée hors département (51).
Enfin, un enfant sur cinq présentait des besoins spécifiques en raison de son état de santé ou de son handicap (60), de son âge (43) ou de son appartenance à une fratrie (34).
L’âge des adoptants
L’âge moyen des adoptants d’enfants pupilles de l’État confiés en vue d’adoption est de 43,1 ans en 2023 (42,5 ans en 2022), mais il varie en fonction de la situation de la famille : les familles d’accueil adoptantes sont, en moyenne, plus âgées (50,6 ans) que les familles agréées (40,5 ans).
Mais cet âge varie surtout fortement en fonction de l’existence ou non de besoins spécifiques chez l’enfant : 42,4 ans pour les adoptants d’enfants sans besoin spécifique et 44,2 ans pour les adoptants d’enfants ayant des besoins spécifiques, en particulier lorsqu’il s’agit d’un enfant dit « grand » (47,6 ans pour les adoptants d’enfants de 5 à 10 ans, et 52,4 ans pour les adoptants d’enfants de 10 ans et plus).
Les enfants pupilles de l’État non confiés en vue d’adoption
La proportion des enfants pupilles de l’État qui n’ont pas été confiés en vue d’adoption est en hausse constante : 4 077 enfants (79 %) contre 3 532 en 2022 et 1 469 en 2013. Ils avaient en moyenne 11,7 ans.
Où vivent-ils ?
- 2812 d’entre eux (69 %) vivent en famille d’accueil
- 764 (18 %) en établissement
- 143 (3 %) en famille d’accueil et en établissement
- 81 (2 %) chez des membres de leur famille ou dans une famille de parrainage et 2 enfants chez des accueillants durables et bénévoles.
- Enfin, pour 263 enfants (tout de même 6 %…), l’information n’a pas été fournie par le ou les départements.
Un projet en cours de traitement
Pour 16 % des enfants qui ne sont pas confiés en vue d’adoption, un projet est en cours de traitement et pour un peu moins de 3 %, le statut de pupille n’est encore que provisoire.
L’absence de familles convenant à la situation de l’enfant
Pour un peu plus de la moitié des enfants non confiés en vue d’adoption, les Conseils de famille indiquent que le motif principal d’absence de projet d’adoption est l’absence de familles convenant à la situation de l’enfant en raison de ses besoins spécifiques. Ce constat plaide largement en faveur d’un renforcement de l’information, de la préparation et de l’accompagnement des candidats à l’adoption et, plus encore, d’une meilleure évaluation de l’adoptabilité de ces enfants et de leur préparation à l’adoption, si tel est réellement leur projet de vie.
L’adoption n’est pas envisageable
Enfin, pour 28 % des enfants qui n’ont pas été confiés en vue d’adoption, un projet d’adoption n’était pas envisageable :
- certains étaient considérés comme bien insérés dans leur famille d’accueil (10 %)
- d’autres conservaient des liens avec leur famille de naissance (3 %)
- et d’autres encore ont vu leur situation faire l’objet d’un recours (1,5 %) ; enfin, les Conseils de famille ont estimé que certains enfants n’étaient pas prêts pour l’adoption (séquelles psychologiques, près de 6 % ; refus de l’enfant, près de 3 % ; échec antérieur d’adoption, 1 %).
Un cumul de particularités pour les enfants en fratrie
Il est à noter que les enfants en fratrie présentent un cumul de particularités : situation de fratrie, âge élevé au moment de l’admission (8,2 ans) et en 2023 (11,6 ans), prise en charge préalable par l’ASE de 2 ans et plus pour 82 % d’entre eux, admission après une décision judiciaire pour sept enfants en fratrie sur dix.
Plus largement, la question du projet de vie des enfants pour lesquels l’adoption n’est pas possible (inenvisageable ou absence de famille par adoption) se pose cruellement.
D’autres projets que l’adoption
L’enquête ONPE interroge désormais l’existence d’un projet de vie pour les enfants non confiés en vue d’adoption, donnée transmise en 2023 pour 3 500 enfants (86 % des pupilles non confiés en vue d’adoption). Outre les 785 enfants pour lesquels un projet d’adoption est en cours, 82 enfants bénéficient d’un parrainage, 136 d’un accueil durable et bénévole, 863 d’un maintien dans leur lieu de placement, et 1 254 enfants n’ont pas de projet défini à ce stade.
À lire aussi sur ce blog
Le rapport de l’ONPE
- Le rapport intégral : La situation des pupilles de l’État : enquête au 31 décembre 2023, ONPE, 2025
- La synthèse du rapport : Principaux chiffres sur la situation des pupilles de l’État au 31 décembre 2023, ONPE, 2025
À voir et à écouter
Milan Momic, chargé d’études à l’ONPE, présente la situation des enfants pupilles de l’État au séminaire des ODPE, organisé en 2024 : si les chiffres présentés sont ceux de 2022, les grandes tendances et les explications sont tout aussi valables pour 2023.





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